Sam Altman, fondateur d'OpenAI et créateur de ChatGPT, porte un projet crypto aussi ambitieux que controversé. World (anciennement connu sous le nom.

World n'est pas une simple cryptomonnaie. Le projet aspire à devenir l'infrastructure d'identité numérique la plus vaste jamais construite, capable de servir des milliards de personnes à travers la planète. Cette ambition repose sur un constat simple : dans l'économie numérique, l'identité est devenue un actif fondamental, mais elle reste fragmentée et contrôlée par des entités centralisées.
Sam Altman et son équipe imaginent un système où chaque individu possède une identité vérifiée et portable, utilisable pour accéder à des services financiers, des applications décentralisées et des opportunités économiques. Le projet s'inscrit dans une logique d'inclusion financière globale, promettant d'ouvrir l'accès aux services bancaires et aux outils crypto aux populations non bancarisées, notamment dans les pays en développement.
Cependant, cette vision grandiose se heurte à une réalité complexe. Construire un réseau d'identité mondial implique de surmonter des obstacles technologiques, réglementaires et sociaux considérables. Les gouvernements, les régulateurs et les défenseurs de la vie privée scrutent attentivement chaque étape du déploiement de World.
Au centre du projet World se trouve une technologie biométrique controversée. Le système repose sur la vérification de l'iris, une méthode d'identification physique unique à chaque individu. Les utilisateurs doivent se présenter dans des orbs (des kiosques spécialisés) pour faire scanner leur iris et obtenir une vérification d'identité numérique.
Cette approche présente des avantages techniques indéniables. L'iris est extrêmement difficile à contrefaire ou à usurper, ce qui en ferait un identifiant plus sûr que les données biométriques traditionnelles. En théorie, cela permet de créer un système d'identité décentralisé et résistant à la fraude, essentiel pour un réseau financier global fonctionnant sans autorités centrales.
Mais l'utilisation de données biométriques soulève immédiatement des questions éthiques et légales. Qui contrôle ces données sensibles ? Comment sont-elles stockées et protégées ? Peuvent-elles être utilisées à des fins autres que l'identification ? Ces interrogations ont déjà provoqué des blocages réglementaires dans plusieurs pays. La France, l'Allemagne et d'autres nations européennes ont exprimé des réserves sérieuses, tandis que certains États ont simplement interdit les opérations de World sur leur territoire.
Le projet World navigue dans un environnement réglementaire hostile et fragmenté. Chaque juridiction impose ses propres règles concernant la collecte, le stockage et l'utilisation de données biométriques. Cette mosaïque réglementaire rend l'expansion mondiale extrêmement difficile.
Les autorités de protection des données, notamment en Europe avec le RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données), exigent des garanties strictes. World doit démontrer que la collecte de données d'iris est proportionnée, que les utilisateurs consentent explicitement et que les données sont protégées standards les plus élevés. Ces exigences ralentissent considérablement le déploiement et augmentent les coûts opérationnels.
Au-delà de la régulation, le projet fait face à une méfiance croissante du public. Les scandales de confidentialité impliquant les grandes technologies ont rendu les consommateurs méfiants envers toute entité collectant des données biométriques massives. World doit non seulement se conformer à la loi, mais aussi convaincre les utilisateurs que leurs données d'iris ne seront jamais vendues, piratées ou détournées à des fins de surveillance.
Plusieurs pays, dont la Suisse et la Suède, ont suspendu les opérations de World, citant des préoccupations concernant la protection des données et la sécurité des informations biométriques. Cette résistance réglementaire représente un obstacle majeur à la vision d'un réseau véritablement mondial.
Le modèle économique de World repose sur un token natif, le WLD, distribué aux utilisateurs qui se soumettent à la vérification biométrique. Cette approche vise à créer une incitation économique à la participation, transformant l'identité numérique en actif financier tangible.
Cependant, la viabilité économique du projet reste incertaine. Comment les utilisateurs vont-ils utiliser leurs tokens WLD ? Quels services réels offre le réseau au-delà de la vérification d'identité ? Sans un écosystème d'applications décentralisées robuste et utiles, les tokens risquent de devenir des actifs spéculatifs sans valeur fondamentale. Les investisseurs et les utilisateurs potentiels se posent ces questions légitimes.
De plus, le projet doit résoudre un paradoxe : pour devenir viable, il a besoin d'une adoption massive. Mais pour obtenir cette adoption, il doit d'abord surmonter les obstacles réglementaires et gagner la confiance du public. C'est un cercle vicieux qui a déjà ralenti la croissance de World depuis son lancement initial.
L'équipe de Sam Altman continue de développer l'infrastructure et de négocier avec les régulateurs, mais le chemin vers un réseau d'identité mondial reste semé d'embûches. World incarne à la fois l'ambition technologique du secteur crypto et ses défis fondamentaux : comment construire des systèmes décentralisés qui respectent les droits individuels, la vie privée et les cadres réglementaires existants. La réponse à cette question déterminera non seulement l'avenir de World, mais aussi celui de l'identité numérique décentralisée dans son ensemble.