Michael David Coberg, 44 ans, ancien deputy du Los Angeles County Sheriff’s Department, a plaidé coupable le 30 septembre 2025 de chefs d’accusation fédéraux de conspiration pour avoir mis son badge et son autorité au service d’un escroc crypto. Ce pilote d’hélicoptère du département était payé au moins 20 000 dollars par mois par Adam Iza, un “Crypto Godfather” auto-proclamé de 25 ans, pour intimider, extorquer et même orchestrer de fausses arrestations contre ses rivaux commerciaux.
L’anatomie d’un racket sous autorité policière
Un adjoint du LASD devenu bras armé du crime organisé crypto
Les faits révélés par les procureurs fédéraux décrivent un système d’extorsion particulièrement sophistiqué et terrifiant. Coberg ne se contentait pas d’offrir une simple protection musculaire : il utilisait activement son statut de deputy en service pour intimider les victimes, créant une situation où les cibles ne savaient pas si elles faisaient face à une opération policière légitime ou à une extorsion criminelle.
Selon les documents judiciaires, Coberg et Iza ont même discuté du lancement d’une entreprise de stéroïdes ensemble, illustrant la profondeur de leur association criminelle. Cette collaboration dépasse largement le cadre d’une simple prestation de sécurité pour entrer dans celui d’un véritable partenariat criminel.
Octobre 2021 : l’extorsion de “L.A.”
En octobre 2021, Coberg a personnellement assisté Iza lors d’une rencontre terrifiante avec une victime identifiée uniquement comme “L.A.” dans les documents judiciaires. La scène, qui s’est déroulée au domicile d’Iza, était soigneusement mise en scène : des armes à feu étaient exposées ostensiblement tandis que Coberg renforçait l’intimidation en s’identifiant comme deputy en service actif et en interrogeant la victime.
La pression psychologique a fonctionné : L.A. a transféré 127 000 dollars directement sur le compte d’Iza ce jour-là. Mais l’horreur ne s’est pas arrêtée là. Le lendemain matin, dans un stand de tir privé, Iza a tenu la victime sous la menace d’une arme tout en formulant de nouvelles exigences financières. Le partenaire commercial de L.A. a finalement envoyé plus d’argent pour sécuriser sa libération.
Septembre 2021 : le piège élaboré contre “R.C.”
Quelques semaines plus tôt, Coberg avait participé à un complot encore plus élaboré visant une seconde victime, “R.C.”. Les conspirateurs ont trompé R.C. pour le faire voyager de Miami à Los Angeles en utilisant des promesses de retrouvailles romantiques avec son ex-petite amie.
Une fois en Californie, Coberg a coordonné avec un autre deputy, Christopher Michael Cadman, pour orchestrer un faux contrôle routier à Paramount. Les deputies ont planté des stupéfiants (champignons psilocybines et cocaïne) dans les affaires de R.C., résultant en son arrestation. Pendant ce temps, Coberg conduisait lentement à côté de la scène dans un Cadillac Escalade noir, fenêtre baissée, tandis qu’Iza enregistrait des vidéos et des photos de l’arrestation mise en scène pour obtenir un levier d’extorsion.
Un adjoint du Los Angeles Sheriff Department non impliqué dans le complot a effectué l’arrestation réelle, ignorant qu’il participait à une mise en scène criminelle orchestrée par ses collègues corrompus.
Un réseau de corruption au sein du LASD
Plusieurs deputies impliqués
Coberg n’était pas le seul membre des forces de l’ordre corrompu par Iza. Christopher Michael Cadman a déjà plaidé coupable de chefs d’accusation fédéraux connexes et doit être condamné en janvier 2026. Anthony Rodriguez, un autre ancien Los Angeles Sheriff Department, a également reconnu sa culpabilité dans des affaires liées à Iza et attend sa sentence en novembre.
Eric Chase Saavedra, encore un autre ancien Los Angeles Sheriff Department connecté aux opérations d’Iza, a avoué en février 2025 et attend toujours sa condamnation. Cette accumulation de cas révèle une pénétration systémique de l’organisation criminelle d’Iza au sein du département du shérif.
Un historique disciplinaire déjà chargé
Avant même de faire face à ces accusations, Coberg était connu pour son comportement problématique. Une investigation de KPCC en 2018 avait révélé que Coberg avait été impliqué dans quatre fusillades en service, toutes jugées conformes à la loi. Selon ce rapport, Coberg alléguait que suite à ces incidents, ses supérieurs l’avaient retiré d’une unité d’élite anti-gang et lui avaient assigné des tâches subalternes comme le nettoyage de véhicules et d’équipement — des allégations contestées par le département.
Le département du shérif a déclaré dans un communiqué : “L’ancien employé s’est séparé du département du shérif le 4 septembre 2025. Les actions auxquelles cet individu s’est livré sont répréhensibles et constituent une violation claire de nos normes départementales.”
Adam Iza : le “Godfather” des arnaques crypto
Un empire frauduleux de 16 millions de dollars
Adam Iza, 25 ans, anciennement de Beverly Hills et Newport Beach, a construit un mini-empire basé sur des schémas marketing frauduleux et des arnaques aux cryptomonnaies. Il a accumulé 16 millions de dollars en cryptomonnaies par des moyens illicites tout en intimidant et extorquant des personnes, piratant illégalement des comptes Facebook et se livrant à d’autres activités criminelles.
Iza a plaidé coupable en janvier 2025 à des accusations de conspiration contre les droits, fraude électronique et évasion fiscale. Il est en prison fédérale depuis septembre 2024 et doit être condamné le 15 décembre 2025.
Une vie de luxe ostentatoire
Sur les 16 millions accumulés illégalement, Iza aurait dépensé environ 10 millions de dollars en biens de luxe pour lui-même et son ex-petite amie, Ramaya, qui a plaidé coupable en mars 2025 pour avoir omis de déclarer 2,6 millions de dollars de revenus illégaux.
Cette dépense ostentatoire illustre le profil classique de l’escroc crypto : jeune, arrogant, se présentant comme un gourou financier tout en dépensant frénétiquement l’argent volé dans des symboles de statut social.
Implications pour la sécurité crypto et la confiance publique
Un précédent inquiétant
Cette affaire représente ce qu’un expert a qualifié de “nouveau niveau de malveillance crypto”. Contrairement aux fraudes crypto typiques basées sur des ICO bidons ou des schémas de Ponzi, cette affaire implique l’utilisation d’autorités légitimes pour commettre des crimes, brouillant dangereusement la ligne entre l’application de la loi et le crime organisé.
Benjamin Samaroo, Technology Officer chez Komodo Platform, a déclaré : “Les responsables de l’application de la loi ne devraient pas exercer leur autorité hors service, car cela crée des voies vers la corruption et l’intimidation du public. Coberg a exploité sa position d’autorité pour faire avancer des opérations frauduleuses, ce qui est particulièrement alarmant.”
Le monopole de la violence étatique détourné
Samaroo souligne un point crucial : “L’État détient le monopole de l’usage de la force, et Coberg a présumé que ce pouvoir s’étendait au-delà de ses responsabilités officielles en tant que shérif.” Ce détournement du pouvoir légitime de l’État pour des fins criminelles privées constitue une violation fondamentale du contrat social.
L’expert ajoute que les lignes floues entre rôles publics et privés mettent en évidence “la surveillance inadéquate des activités hors service, où la corruption reste incontrôlée.”
Peines encourues et sentences à venir
30 ans de prison pour Coberg
Michael David Coberg fait face à une peine potentielle de 30 ans de prison fédérale après avoir plaidé coupable de conspiration pour commettre une extorsion et de conspiration contre les droits. Il doit comparaître pour sa condamnation le 17 février 2026.
Les chefs d’accusation se décomposent en 20 ans maximum pour l’extorsion et 10 ans supplémentaires pour conspiration contre les droits, reflétant la gravité de ses actions et la trahison de son serment de Los Angeles Sheriff Department.
Le sort des co-conspirateurs
Christopher Michael Cadman, qui a orchestré le faux contrôle routier, sera condamné en janvier 2026. Anthony Rodriguez attend sa sentence en novembre 2025. Adam Iza, le cerveau de l’opération, sera condamné le 15 décembre 2025 et fait face à de multiples chefs d’accusation fédéraux.
Eric Chase Saavedra, impliqué dans d’autres aspects des opérations d’Iza, attend toujours sa condamnation après avoir plaidé coupable en février 2025.
Le contexte plus large des fraudes crypto
Une vague de scandales en 2024-2025
Cette affaire s’inscrit dans une série de fraudes crypto majeures révélées ces derniers mois :
En août 2024, la SEC a accusé les frères Jonathan et Tanner Adam d’un schéma de Ponzi de 60 millions de dollars, les accusant d’avoir attiré plus de 80 investisseurs avec un faux bot de trading crypto promettant 13,5% de rendements mensuels entre janvier 2023 et juin 2024.
Une semaine plus tôt, la police monténégrine avait arrêté Roman Ziemian, co-fondateur du présumé schéma frauduleux crypto FutureNet de 21 millions de dollars, à Podgorica où il vivait sous une fausse identité.
En septembre 2024, une cour fédérale américaine a ordonné au résident new-yorkais William Koo Ichioka de payer plus de 36 millions de dollars en restitution et pénalités pour avoir géré un schéma frauduleux d’investissement en cryptomonnaies et forex.
Les contre-mesures des institutions
Face à cette vague de fraudes, institutions et gouvernements déploient des mesures pour lutter contre les schémas frauduleux :
Circle, émetteur du stablecoin USDC de 74 milliards de dollars, explore des options de remboursement pour les paiements contestés ou frauduleux, cherchant à aligner la blockchain avec la finance traditionnelle en matière de protection des consommateurs.
La Reserve Bank of India a mandaté une authentification dynamique pour tous les paiements numériques domestiques d’ici le 1er avril 2026, exigeant au moins un facteur unique comme un OTP ou une biométrie par transaction pour limiter la fraude.
Leçons pour la communauté crypto
La nécessité d’une due diligence renforcée
Cette affaire démontre que les escrocs crypto utilisent désormais des méthodes d’intimidation physique et institutionnelle qui dépassent largement les arnaques numériques traditionnelles. Les investisseurs crypto doivent être conscients que la menace ne vient pas seulement de smart contracts malveillants ou de plateformes frauduleuses, mais peut également provenir d’acteurs corrompus infiltrés dans les institutions légitimes.
L’importance de la transparence et de la conformité
Les entreprises crypto légitimes doivent redoubler d’efforts pour se distinguer des opérations frauduleuses en adoptant une transparence maximale et en se conformant rigoureusement aux réglementations. La licence MiCA de Circle, les initiatives comme le consortium bancaire européen pour un stablecoin euro, ou les partenariats comme Deutsche Börse-Circle représentent des exemples positifs de cette approche.
La responsabilité des forces de l’ordre
Cette affaire expose également les vulnérabilités systémiques dans la surveillance des activités hors service des forces de l’ordre. Les départements de police doivent établir des protocoles plus stricts pour détecter et prévenir l’usage abusif de l’autorité policière à des fins privées ou criminelles.
L’affaire Michael David Coberg et Adam Iza représente un cas terrifiant de corruption où un représentant des forces de l’ordre a trahi son serment pour devenir l’exécuteur armé d’un escroc crypto. L’utilisation du badge, de l’arme et de l’autorité institutionnelle pour commettre des extorsions et orchestrer de fausses arrestations constitue une perversion fondamentale du système judiciaire.
Cette affaire envoie un message clair : la criminalité crypto a évolué au-delà des arnaques numériques pour infiltrer les institutions légitimes, utilisant la crédibilité et la force de l’État comme armes contre les citoyens. Les peines sévères encourues par Coberg (jusqu’à 30 ans) et ses co-conspirateurs reflètent la gravité de ces violations.
Pour la communauté crypto, cet épisode sombre rappelle que la vigilance ne doit pas se limiter aux aspects techniques et financiers. La menace peut provenir d’acteurs qui portent des badges et semblent représenter l’autorité légitime. Cette réalité inquiétante souligne l’importance cruciale de la conformité réglementaire, de la transparence opérationnelle et d’une due diligence exhaustive dans un écosystème où les lignes entre légitimité et criminalité peuvent être dangereusement floues.