Bitcoin, un enjeu politique selon le professeur Rolland
Le Dr. Maël Rolland, pionnier de l'enseignement sur Bitcoin, analyse sa dimension politique comme une réponse à la centralisation du pouvoir monétaire des États.
Le Royaume-Uni détient 61 000 BTC saisis dans une fraude chinoise massive. Analyse du casse-tête juridique et financier autour de la plus grande saisie crypto britannique.

Le gouvernement britannique se trouve face à un dilemme sans précédent : que faire des 61 000 bitcoins, actuellement évalués à environ 6,7 milliards de dollars, saisis dans le cadre de la plus grande affaire de blanchiment d’argent en cryptomonnaie de l’histoire du Royaume-Uni ? Cette manne colossale provient de la condamnation de Zhimin Qian, une ressortissante chinoise de 47 ans qui a orchestré l’une des plus vastes escroqueries Ponzi liées aux cryptomonnaies.
Zhimin Qian, également connue sous le nom de Yadi Zhang, a plaidé coupable lundi 30 septembre 2025 devant la Southwark Crown Court de Londres de possession et d’acquisition de biens d’origine criminelle. Cette mystérieuse femme d’affaires chinoise dirigeait une société d’investissement frauduleuse en Chine entre 2014 et 2017, promettant des rendements pouvant atteindre 300%.
Selon les documents judiciaires, cette escroquerie de type Ponzi aurait floué plus de 128 000 personnes pour un montant total estimé à 43 milliards de yuans (plus de 5 milliards de dollars). Le système reposait sur le recrutement constant de nouveaux épargnants pour rémunérer les anciens, un modèle classique qui s’est effondré lorsque les autorités chinoises ont commencé à s’y intéresser.
Face à la pression des autorités chinoises en 2017, Qian a réussi à fuir le pays grâce à des faux documents et un faux passeport. Elle s’est installée au Royaume-Uni sous une identité falsifiée, pensant pouvoir échapper définitivement à la justice. Les fonds collectés avaient été astucieusement convertis en bitcoins et transférés à l’étranger avant sa fuite, illustrant l’utilisation des cryptomonnaies comme vecteur de blanchiment d’argent transfrontalier.
Une fois en Angleterre, Qian a tenté de reconvertir ses avoirs illicites à travers des opérations immobilières de luxe, acquérant notamment un manoir à Hampstead, dans le nord de Londres. C’est précisément cette activité suspecte qui a attiré l’attention de la Metropolitan Police en 2018.
En 2018, lors d’une enquête sur des achats immobiliers suspects, la police londonienne a lancé des investigations sur des transferts anormaux de montants énormes sur la blockchain. Les enquêteurs sont tombés sur un véritable trésor numérique : 61 000 bitcoins éparpillés dans différents portefeuilles numériques, découverts sur des appareils saisis dans le manoir de luxe de Hampstead.
À l’époque de la saisie, les autorités ne réalisaient pas pleinement qu’elles venaient d’effectuer ce qui allait devenir la plus grande saisie de cryptomonnaies jamais réalisée au Royaume-Uni, et l’une des plus importantes au monde. Cette confiscation représentait alors environ 3,4 milliards de livres sterling (3,9 milliards d’euros), mais la valeur a considérablement augmenté avec l’appréciation du Bitcoin depuis.
Qian ne travaillait pas seule. Elle bénéficiait de la collaboration de Jian Wen, une ancienne professionnelle de la restauration à emporter née en Chine et arrivée au Royaume-Uni en 2007. Wen a facilité plusieurs transactions immobilières et a joué un rôle crucial dans l’écoulement des profits de l’arnaque organisée en Chine.
En 2024, Jian Wen a été condamnée à six ans et huit mois de prison pour complicité de blanchiment d’argent. L’affaire portait sur 150 bitcoins, soit environ 7,5 millions de livres sterling (8,6 millions d’euros). Qian était également associée à Seng Hok Ling, un Malaisien qui a également plaidé coupable de blanchiment d’argent dans cette affaire.
Le gouvernement britannique fait face à un débat juridique complexe sur la destination finale de cette manne colossale. Selon le Financial Times, les autorités britanniques débattent actuellement de ce qu’il convient de faire de cette énorme cargaison, avec plusieurs options en compétition :
Compensation des victimes : Les avocats représentant certaines victimes chinoises soutiennent que les bitcoins devraient être restitués à leur valeur actuelle, et non pas simplement aux sommes initialement investies. Ils invoquent des années de retard procédural et le fait que beaucoup ont perdu les économies de toute une vie. Cette position juridique pourrait créer un précédent majeur dans le traitement des actifs numériques saisis.
Intégration au budget national : Certains initiés du Trésor britannique ont émis l’hypothèse que la cryptomonnaie récupérée pourrait réduire la charge fiscale du prochain budget. Cette option transformerait ces bitcoins en actifs d’État, générant des revenus pour le gouvernement britannique. Cependant, l’Office for Budget Responsibility ne tient pas compte des saisies d’actifs dans ses prévisions budgétaires, et les avoirs en cryptomonnaies ne sont pas officiellement reconnus comme des actifs financiers dans la comptabilité gouvernementale.
La résolution de cette affaire ne sera pas rapide. La prochaine audience civile est prévue en janvier 2026, et la décision de la Haute Cour fera probablement l’objet d’appels successifs. Certains experts avertissent que les procédures judiciaires pourraient s’étendre jusqu’en 2027, prolongeant l’incertitude sur le sort final de ces actifs.
Zhimin Qian et Seng Hok Ling attendent quant à eux leur condamnation en novembre 2025. Qian encourt jusqu’à 14 ans de prison pour ses crimes de blanchiment d’argent. Son avocat, Roger Sahota, a déclaré qu’elle espérait “apporter un certain réconfort aux investisseurs, qui attendent depuis 2017 d’être indemnisés, et les rassurer en leur affirmant que la hausse significative de la valeur des cryptomonnaies signifie qu’il y a suffisamment de fonds disponibles pour rembourser leurs pertes.”
Au-delà des questions juridiques, les autorités britanniques sont confrontées à un défi technique majeur : comment liquider une quantité aussi importante de Bitcoin sans provoquer de choc de prix sur les marchés ? Les 61 000 BTC représentent environ 0,29% de l’offre totale de Bitcoin (21 millions de BTC maximum), une quantité suffisamment importante pour impacter significativement les prix si elle est vendue de manière désordonnée.
Les marchés des cryptomonnaies étant notoirement volatils, la valeur finale des fonds saisis pourrait fluctuer considérablement avant toute résolution. Entre le moment de la découverte en 2018 et aujourd’hui, la valeur est passée de 3,4 milliards de livres à 6,7 milliards de dollars, illustrant cette volatilité extrême.
D’autres gouvernements ont déjà été confrontés à des situations similaires, bien qu’à moindre échelle :
Le Royaume-Uni devra vraisemblablement adopter une approche progressive et discrète pour minimiser l’impact sur les marchés, potentiellement via des ventes de gré à gré (OTC) à des investisseurs institutionnels.
La Crown Prosecution Service (CPS) a affirmé qu’elle mettra en place toutes les mesures nécessaires pour empêcher les bitcoins saisis de revenir un jour aux criminels. Les autorités britanniques considèrent ce succès comme un précédent judiciaire majeur, capable de renforcer durablement leur arsenal contre les délits financiers numériques.
Cette affaire démontre que malgré la perception d’anonymat associée aux cryptomonnaies, la traçabilité des flux financiers sur la blockchain permet aux enquêteurs de suivre les fonds et d’identifier les criminels. L’amélioration constante des outils d’analyse blockchain, conjuguée à des collaborations judiciaires internationales renforcées, réduit progressivement le champ d’action des escrocs.
Cette saisie record envoie un message clair au marché criminel : les cryptomonnaies permettent certes un transfert de fonds rapide et mondial, mais elles ne sont plus anonymes. La transparence inhérente à la blockchain, paradoxalement, facilite les enquêtes une fois que les autorités identifient les adresses suspectes.
L’affaire souligne également l’évolution des capacités des forces de l’ordre en matière de cybercriminalité, attestant de leur capacité à gérer des affaires d’envergure internationale impliquant des actifs numériques complexes.
Cette affaire judiciaire survient dans un contexte inquiétant d’augmentation dramatique des attaques physiques ciblant les détenteurs de Bitcoin et de cryptomonnaies. Selon les données suivies par Jameson Lopp, cofondateur de CASA, 48 attaques ont eu lieu en 2025, soit une augmentation de 33% par rapport à l’ensemble de l’année 2024.
Plus troublant encore, depuis fin février 2025, 35 nouveaux incidents violents ont été signalés dans le monde, représentant une augmentation de 169% en seulement six mois et demi. Cette hausse explosive coïncide avec les marchés haussiers des cryptomonnaies, suggérant que les criminels ciblent de plus en plus les détenteurs connus ou présumés de cryptos.
La France à elle seule a été à l’origine de 14 des incidents signalés en 2025, faisant du pays l’un des plus touchés par cette criminalité ciblée. Ces attaques vont des cambriolages avec violence aux enlèvements, comme l’illustre le cas du 6 septembre 2025 à Cambridge, au Canada, où un jeune homme a été enlevé sous la menace d’une arme et contraint de transférer des fonds dans un portefeuille de cryptomonnaie.
Cette tendance souligne les risques physiques très réels associés à la détention visible ou publique de cryptomonnaies importantes, ajoutant une dimension terrifiante au-delà des risques numériques traditionnels.
La saisie finale de 61 000 bitcoins constitue une victoire significative pour le Royaume-Uni en matière de cybercriminalité, attestant de sa capacité à gérer des affaires complexes à portée internationale. L’enquête, qui a duré sept ans et impliqué une collaboration étroite entre les autorités britanniques et chinoises, démontre l’importance de la coopération internationale dans la lutte contre la criminalité financière numérique.
Plusieurs interrogations majeures restent sans réponse :
La valorisation des compensations : Si les victimes obtiennent gain de cause et reçoivent des compensations basées sur la valeur actuelle du Bitcoin, cela créerait un précédent où les autorités assumeraient le risque de marché des actifs saisis. Cette approche pourrait s’avérer coûteuse si Bitcoin continue d’apprécier pendant les procédures.
L’équité entre victimes : Comment répartir équitablement 61 000 BTC entre 128 000 victimes ayant investi des montants variables à des moments différents ? Ce casse-tête arithmétique et juridique complexe pourrait générer des litiges additionnels.
Le statut des cryptos saisies : Cette affaire force le Royaume-Uni à clarifier le statut juridique et comptable des cryptomonnaies saisies. Sont-elles des actifs financiers, des matières premières, ou une catégorie entièrement nouvelle nécessitant un traitement spécifique ?
Au-delà du cas individuel, ce procès relance un débat plus large sur la gouvernance de la blockchain et la coopération entre États. Comment concilier liberté et sécurité, innovation et contrôle, autonomie et lutte contre le crime organisé ? Cette équation complexe n’a pas de solution simple, et l’affaire Qian ne sera probablement pas la dernière du genre.
Pour les investisseurs légitimes, chaque scandale de ce type ravive la crainte d’un durcissement réglementaire qui pourrait freiner l’adoption mainstream des cryptomonnaies. Pourtant, ces affaires démontrent aussi que la technologie blockchain, loin de faciliter l’impunité criminelle, offre des outils de traçabilité puissants aux forces de l’ordre.
L’affaire des 61 000 bitcoins saisis au Royaume-Uni représente bien plus qu’une simple saisie record. Elle cristallise les tensions entre innovation financière et sécurité, entre droits des victimes et intérêts de l’État, et entre rapidité procédurale et équité judiciaire.
Alors que Zhimin Qian attend sa condamnation en novembre 2025 et que les audiences civiles se profilent pour janvier 2026, le sort final de ces 6,7 milliards de dollars reste incertain. Les décisions prises dans cette affaire établiront des précédents majeurs pour le traitement futur des cryptomonnaies saisies dans des affaires criminelles.
Pour les 128 000 victimes chinoises qui attendent depuis 2017, l’espoir d’une compensation réside dans l’appréciation spectaculaire du Bitcoin. Ironiquement, la même volatilité qui rendait cette cryptomonnaie attrayante pour l’escroquerie originale pourrait permettre de rembourser intégralement les investisseurs floués, voire au-delà de leurs pertes initiales.
Cette saga judiciaire, loin d’être terminée, continuera de façonner notre compréhension collective du rôle des cryptomonnaies dans le système financier mondial et de la capacité des États à contrôler ces actifs numériques rebelles. Une chose est certaine : avec 6,7 milliards de dollars en jeu, tous les regards resteront fixés sur les tribunaux britanniques dans les mois à venir.
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