Bitcoin, un enjeu politique selon le professeur Rolland
Le Dr. Maël Rolland, pionnier de l'enseignement sur Bitcoin, analyse sa dimension politique comme une réponse à la centralisation du pouvoir monétaire des États.
La BCE et le CERS s’apprêtent à interdire les stablecoins “multi-émissions” en Europe, menaçant Circle et Paxos. Analyse de cette offensive réglementaire contre les stablecoins en dollars.

La Banque centrale européenne (BCE) vient de remporter une bataille réglementaire majeure qui pourrait redéfinir le paysage des stablecoins en Europe. Le Conseil européen du risque systémique (CERS), présidé par Christine Lagarde, a approuvé la semaine dernière une recommandation visant à interdire les stablecoins dits “multi-émissions” . Cette décision, bien que non juridiquement contraignante, met une pression énorme sur les émetteurs américains comme Circle et Paxos qui opèrent en Europe.
Un stablecoin “multi-émission” désigne un stablecoin qui n’est pas émis par une seule entité centrale, mais par plusieurs émetteurs distincts, chacun ayant le droit de minter et de gérer les tokens sous la même norme et le même protocole . Concrètement, il s’agit de tokens émis conjointement dans l’UE et à l’étranger, mais traités comme interchangeables .
Dans ce modèle, les émetteurs agréés par l’UE doivent détenir des réserves au sein du bloc, tandis que leurs partenaires non-européens continuent de gérer les réserves de tokens identiques à l’étranger . Cette structure crée une situation où les mêmes tokens circulent librement but are backed by reserves located in different jurisdictions.
Selon les régulateurs, en cas de ralentissement du marché, les investisseurs se précipiteraient pour racheter leurs actions dans l’UE, submergeant ainsi les réserves locales et exposant le bloc à des responsabilités de juridictions extérieures . Christine Lagarde explique ce risque : “En cas de ruée, les investisseurs préféreraient naturellement effectuer le remboursement dans la juridiction où les garanties sont les plus fortes, c’est-à-dire probablement dans l’UE” .
Le problème ? Les réserves détenues dans l’UE pourraient ne pas être suffisantes pour répondre à une demande aussi concentrée, créant un risque de liquidité systémique similaire aux crises bancaires transfrontalières.
Christine Lagarde a adopté une position ferme sur les modèles de stablecoins, considérés comme un risque financier majeur . Lors de la conférence du CERS à Francfort, elle a martelé que “les émetteurs de stablecoins étrangers devaient respecter les mêmes normes que ceux opérant dans l’UE” pour éviter les risques systémiques .
Elle a exprimé à plusieurs reprises ses inquiétudes quant aux lacunes du règlement MiCA qui exposent le bloc européen . Selon elle, l’émission conjointe sans surveillance stricte des entités non-européennes crée des risques similaires aux crises bancaires transfrontalières, où les déséquilibres de liquidité et les réserves insuffisantes déstabilisaient autrefois les systèmes financiers .
Lagarde propose que la législation européenne s’inspire des exigences déjà appliquées dans le secteur bancaire . Les groupes bancaires sont soumis à des exigences de liquidité consolidées garantissant la disponibilité des réserves à tous les niveaux opérationnels grâce à des ratios de financement stable net et des normes de couverture de liquidité .
“Les schémas de multi-émission reproduisent ces mêmes risques que le secteur bancaire, mais sans surveillance réglementaire équivalente”, a-t-elle souligné . Elle appelle donc à ce que “ces systèmes ne puissent pas opérer dans l’UE à moins d’être soutenus par des régimes d’équivalence solides” dans d’autres juridictions .
Circle et Paxos, toutes deux principalement implantées aux États-Unis, comptent parmi les émetteurs les plus touchés par les restrictions potentielles . Leurs réserves sont principalement investies en liquidités en dollars et en titres d’État américains à court terme, exactement le type de structure que la BCE cherche à limiter.
Les régulateurs finlandais et français, qui supervisent les opérations des entreprises dans l’UE, ont refusé de commenter les implications potentielles de la proposition . Cette discrétion officielle masque probablement des négociations intenses en coulisses sur l’avenir de ces acteurs majeurs en Europe.
Les porte-parole de Circle et de Paxos ont également refusé de commenter, bien que des personnes proches de leur position aient noté que la Commission européenne avait auparavant soutenu le modèle d’émission multiple . Cette contradiction révèle les divisions au sein des institutions européennes sur cette question sensible.
Le fait que Circle Internet ait vu son action bondir de 3% lors de l’annonce du partenariat avec Visa pour les paiements stablecoinscontraste cruellement avec cette menace existentielle pesant sur son modèle européen.
Les chiffres sont sans appel : les jetons adossés à l’euro ne représentent actuellement que 0,15% du marché mondial des stablecoins, d’une valeur de 230 milliards de dollars, tandis que les actifs indexés sur le dollar américain dominent avec une part de marché de 99% .
En août 2025, deux émetteurs (Tether et Circle) représentaient à eux seuls 90% du marché total . Cette concentration extrême et cette domination dollar inquiètent au plus haut point les autorités européennes qui y voient une menace directe à la souveraineté financière du bloc .
Le conseiller de la BCE, Jürgen Schaaf, a déjà averti que la dépendance croissante aux stablecoins en dollars pourrait affaiblir l’efficacité de la politique monétaire européenne . Cette préoccupation sous-tend toute la stratégie de Lagarde : empêcher la dollarisation rampante de l’économie numérique européenne.
Un représentant de la régulation italienne a d’ailleurs été très clair lors de la réunion du CERS : les stablecoins “ne devraient jamais être considérés comme une monnaie à cours légal” et “seul l’euro numérique de la BCE serait une devise officielle” . Ce positionnement révèle l’agenda sous-jacent : préparer le terrain pour l’euro numérique en limitant la concurrence des stablecoins privés.
Si la BCE a plaidé pour une ligne dure, certains responsables politiques privilégient des garanties plus claires à une interdiction pure et simple . La Commission européenne elle-même n’a pas encore adopté de position officielle, révélant des divisions persistantes au sein des institutions européennes .
Un document publié en septembre 2025 par Judith Arnal, membre du conseil d’administration de la Banque d’Espagne, avertit que les désaccords entre la BCE, la Commission et le Parlement européen risquent de saper la crédibilité du MiCA en tant que norme mondiale . Cette critique interne révèle que l’approche maximaliste de Lagarde ne fait pas l’unanimité.
Il est crucial de noter que les orientations du CERS ne sont pas juridiquement contraignantes . Cependant, elles accentuent considérablement la pression sur les autorités européennes, les obligeant à adopter ces restrictions ou à expliquer comment elles préserveraient la stabilité financière .
Cette stratégie de “soft power” réglementaire pourrait s’avérer tout aussi efficace qu’une interdiction formelle, les autorités nationales étant réticentes à s’opposer frontalement aux recommandations de la BCE.
Cette offensive contre les stablecoins multi-émissions intervient alors que l’Europe débat du développement d’un euro numérique, que la BCE a commencé à promouvoir en 2021 et qui attend toujours l’approbation législative . Les responsables de Francfort affirment que “l’essor des stablecoins adossés au dollar montre l’urgence de garantir une alternative européenne” .
En septembre 2025, Piero Cipollone, membre du directoire de la BCE, a suggéré que cette monnaie pourrait être lancée en 2029, suite aux avancées réalisées par les responsables financiers de la zone euro sur des questions clés, notamment les limites de détention des dépôts des clients .
Cipollone a défendu un modèle de “avenir de paiement double” où l’argent liquide coexisterait avec l’euro numérique . Cette vision vise à rassurer les citoyens attachés aux billets physiques tout en préparant la transition vers une monnaie numérique souveraine.
Cependant, les législateurs ne devraient présenter leur position que d’ici mai 2026, et les négociations sont toujours en cours . Ce calendrier relativement lent contraste avec l’urgence affichée par Lagarde pour limiter les stablecoins étrangers, suggérant une stratégie de protection du marché en attendant le déploiement de la solution européenne.
Parallèlement, neuf banques européennes (ING, UniCredit, SEB, CaixaBank, Danske Bank, DekaBank, Raiffeisen Bank International, KBC et Banca Sella) ont annoncé leur intention de lancer un stablecoin adossé à l’euro développé conjointement en 2026 .
Le projet sera réglementé dans le cadre du MiCA et basé aux Pays-Bas, où il demandera une licence de monnaie électronique . Le groupe a déclaré que l’initiative vise à renforcer l’autonomie stratégique de l’Europe en matière de paiements tout en offrant un règlement transfrontalier instantané et à faible coût .
L’effort conjoint de création de stablecoin fait suite au lancement par la Société Générale d’un jeton adossé à l’euro sur la blockchain Stellar . Cette initiative individuelle a ouvert la voie à l’approche collaborative des neuf banques, démontrant la faisabilité technique et réglementaire de tels projets en Europe .
Le débat sur l’interdiction des émissions multiples souligne clairement la stratégie de l’Europe : limiter les stablecoins étrangers tout en accélérant la création d’alternatives européennes . Cette approche pourrait être qualifiée de “protectionnisme numérique”, cherchant à préserver la souveraineté monétaire européenne dans l’ère digitale.
Cette stratégie présente des avantages : elle garantit que les réserves des stablecoins européens restent sous contrôle européen et soumises à la supervision de la BCE. Cependant, elle risque aussi de freiner l’innovation et de limiter l’accès des Européens aux solutions globales les plus efficaces.
L’approche maximaliste de la BCE pourrait conduire à une fragmentation du marché global des stablecoins, avec des zones géographiques isolées utilisant des solutions locales incompatibles. Cette balkanisation numérique irait à l’encontre de la promesse initiale des cryptomonnaies : créer un système financier global et interopérable.
Pour les émetteurs européens de stablecoins, cette réglementation représente une opportunité majeure. En éliminant ou en limitant sévèrement la concurrence américaine, ils bénéficieront d’un marché protégé de 450 millions de consommateurs .
Les initiatives comme le consortium bancaire ou les stablecoins de la Société Générale pourront se développer sans faire face à la puissance de frappe commerciale de Circle ou Paxos. Cette protection pourrait permettre l’émergence de champions européens des stablecoins.
Cependant, cette protection comporte des risques significatifs. En limitant l’accès aux stablecoins dominants mondiaux, l’Europe pourrait se retrouver isolée de l’innovation globale et contraindre ses citoyens à utiliser des solutions moins efficaces ou plus coûteuses .
Les entreprises crypto européennes qui dépendent des stablecoins USDC ou USDT pour leurs opérations internationales pourraient subir des perturbations opérationnelles majeures, affectant leur compétitivité globale.
L’avenir de l’interdiction proposée des stablecoins reste incertain, car il n’est pas clair si elle obtiendra le soutien nécessaire des autorités et des législateurs pour être mise en œuvre . Les divisions au sein des institutions européennes suggèrent que des compromis seront nécessaires.
Circle et Paxos ne resteront probablement pas passifs face à cette menace existentielle. On peut s’attendre à un lobbying intense et à des adaptations de leurs modèles d’affaires pour tenter de se conformer aux exigences européennes tout en préservant leur position de marché.
Les années 2026 à 2029 seront décisives pour l’avenir des stablecoins en Europe. Entre le lancement prévu du stablecoin bancaire européen en 2026, les décisions réglementaires finales sur les stablecoins multi-émissions, et le déploiement potentiel de l’euro numérique en 2029, le paysage pourrait être complètement transformé .
Cette période de transition créera des incertitudes pour les acteurs du marché mais aussi des opportunités pour ceux qui sauront s’adapter rapidement aux nouvelles règles du jeu.
L’offensive de la BCE contre les stablecoins multi-émissions représente un choix stratégique majeur pour l’Europe : privilégier la souveraineté monétaire et la stabilité financière au détriment potentiel de l’efficacité et de l’innovation .
Christine Lagarde et le CERS ont clairement fait leur choix : “seul l’euro numérique de la BCE serait une devise officielle” . Cette vision centralisatrice contraste radicalement avec l’éthos décentralisé des cryptomonnaies et pourrait façonner l’écosystème crypto européen pour les décennies à venir.
Pour Circle, Paxos et les autres émetteurs de stablecoins en dollars, le message est clair : adaptez-vous ou quittez l’Europe. L’issue de cette bataille réglementaire déterminera si l’Europe devient un leader de l’innovation crypto ou une forteresse réglementaire isolée du reste du monde numérique.
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