Bitcoin, un enjeu politique selon le professeur Rolland
Le Dr. Maël Rolland, pionnier de l'enseignement sur Bitcoin, analyse sa dimension politique comme une réponse à la centralisation du pouvoir monétaire des États.
L’ESRB alerte sur les risques systémiques liés aux stablecoins transfrontaliers et exige des mesures urgentes pour protéger la stabilité financière de l’UE.

L’autorité européenne de surveillance des risques financiers a lancé un avertissement sans précédent le 2 octobre 2025 : les stablecoins représentent une menace urgente pour la stabilité financière de l’Union européenne et nécessitent des mesures de protection immédiates .
Le Conseil européen du risque systémique (ESRB), présidé par Christine Lagarde, a identifié une vulnérabilité critique dans les arrangements dits “multi-émetteurs transfrontaliers” lors de sa 59ème réunion du conseil général le 25 septembre . Ces structures permettent à un stablecoin d’être émis simultanément par une entité régulée dans l’UE et une autre hors du bloc, créant une asymétrie réglementaire dangereuse .
Le problème fondamental réside dans la fragmentation des réserves : tandis que les émetteurs européens doivent maintenir des réserves locales conformément aux règles strictes de l’UE, leurs partenaires non-européens gèrent des tokens identiques adossés à des réserves détenues à l’étranger . Cette architecture expose l’Europe à un risque majeur en cas de crise de confiance, où les investisseurs pourraient massivement racheter leurs stablecoins auprès des émetteurs européens, épuisant les réserves locales tout en laissant le bloc exposé à des engagements offshore incontrôlables.
Le marché des stablecoins a explosé au cours des cinq dernières années pour atteindre une capitalisation dépassant 300 milliards de dollars selon les données DeFiLlama . Cette expansion fulgurante est toutefois marquée par une concentration extrême : l’USDT de Tether contrôle plus de 58% du marché mondial, tandis que les stablecoins adossés à l’euro ne représentent qu’un maigre 0,15% du total .
Cette domination américaine préoccupe particulièrement les autorités européennes qui y voient une menace directe à la souveraineté monétaire et à l’efficacité de la politique monétaire du bloc . Jürgen Schaaf, conseiller de la BCE, a explicitement averti que la prépondérance d’émetteurs américains comme Tether et Circle rend l’Europe dépendante de structures offshore échappant à son contrôle.
L’ESRB a adopté une recommandation appelant à l’interdiction pure et simple des modèles multi-émetteurs opérant à travers les frontières européennes . Bien que non contraignante juridiquement, cette recommandation exerce une pression politique considérable sur les autorités européennes pour qu’elles imposent des restrictions ou développent des protections alternatives .
Lagarde a établi un parallèle explicite avec les crises bancaires passées, soulignant comment les décalages de liquidité et les réserves inadéquates ont déstabilisé des institutions financières à travers les frontières . Elle argumente qu’à moins d’instaurer des régimes d’équivalence robustes et des garanties pour les transferts transfrontaliers, ces modèles ne devraient tout simplement pas être autorisés à opérer en Europe .
La présidente de la BCE a critiqué à plusieurs reprises le cadre réglementaire européen MiCA (Markets in Crypto-Assets), estimant qu’il laisse des failles béantes dans la couverture des schémas transfrontaliers . MiCA, pourtant considéré comme l’un des cadres réglementaires crypto les plus stricts au monde, ne parvient pas à empêcher que des émetteurs basés hors UE bénéficient de réglementations plus légères tout en desservant le marché européen .
L’ESRB exige désormais une transparence totale des réserves, une couverture en actifs liquides et des règles uniformes quel que soit le pays d’origine de l’émetteur . Le message des autorités est sans équivoque : les zones d’ombre ne peuvent plus être tolérées, et l’effondrement spectaculaire du TerraUSD en 2022 reste gravé dans toutes les mémoires comme exemple de ce qu’il faut éviter .
Les émetteurs Circle et Paxos figurent parmi les plus affectés par les restrictions proposées . Ces deux sociétés gèrent leurs réserves principalement en dollars américains et en bons du Trésor à court terme, tandis que leurs opérations européennes sont supervisées par les régulateurs français et finlandais . À ce jour, les autorités des deux pays se sont abstenues de tout commentaire public sur la situation.
Cette pression réglementaire pourrait forcer ces acteurs majeurs à restructurer complètement leurs opérations européennes, potentiellement en créant des entités totalement séparées avec des réserves détenues exclusivement dans l’UE, ce qui fragmenterait la liquidité mondiale des stablecoins .
L’avertissement de l’ESRB intervient dans un contexte où les risques systémiques dans l’Union européenne demeurent “élevés” selon son dernier tableau de bord . L’autorité note que l’optimisme des investisseurs a propulsé les valorisations d’actifs à des niveaux records, rendant les marchés vulnérables à des retournements brutaux .
Bien que les tests de résistance démontrent que les banques européennes peuvent résister aux chocs, les perspectives de croissance faible et les pressions budgétaires croissantes continuent de peser sur la stabilité . Les tensions géopolitiques persistantes et l’évolution des politiques commerciales mondiales constituent des défis supplémentaires pour les perspectives financières de l’Europe .
Le Royaume-Uni partage certaines préoccupations européennes mais adopte une approche différente. Le Comité de politique financière de la Banque d’Angleterre a averti début octobre que des réserves mal gérées pourraient déclencher des ventes massives et déstabiliser les marchés plus larges . Le gouverneur Andrew Bailey a déclaré le 1er octobre que les stablecoins systémiques pourraient éventuellement accéder aux comptes de la banque centrale, tout en avertissant que ces tokens pourraient remodeler le système financier britannique en séparant la détention d’argent de la fourniture de crédit .
La Banque d’Angleterre a proposé en septembre de plafonner les détentions individuelles de stablecoins entre 10 000 et 20 000 livres sterling, et les détentions d’entreprises à 10 millions de livres, une proposition que Coinbase a critiquée comme restrictive et nuisible aux épargnants britanniques .
Aux États-Unis, le Congrès a adopté en juillet le GENIUS Act, la première loi fédérale encadrant les stablecoins, qui établit des exigences de capital et de réserves pour les émetteurs . Cette législation interdit aux émetteurs de verser des intérêts mais permet aux plateformes d’échange d’offrir des rendements sur les dépôts en stablecoins.
Malgré les inquiétudes réglementaires, les analystes de Morningstar DBRS projettent que le marché des stablecoins pourrait dépasser 1 000 milliards de dollars de paiements annuels d’ici 2030 . La firme décrit les stablecoins comme de “l’argent programmable” combinant la stabilité du fiat avec l’efficacité de la blockchain pour faciliter des paiements plus rapides et moins coûteux que les systèmes traditionnels comme SWIFT ou les virements bancaires .
Cette croissance explosive a néanmoins inquiété des segments du secteur bancaire américain, où les associations professionnelles avertissent que l’adoption pourrait drainer les dépôts et perturber les activités de prêt. Coinbase a publié une recherche en août contestant cette vision, arguant que les craintes d’exode des dépôts sont exagérées et que les stablecoins renforcent au contraire le rôle mondial du dollar .
L’ESRB a annoncé qu’elle publiera un rapport exhaustif sur les stablecoins, les produits d’investissement crypto et les groupes financiers multifonctions dans les prochaines semaines . Ce document devrait détailler précisément les mécanismes de risque identifiés et proposer un cadre réglementaire complet pour y répondre.
Cette initiative européenne s’inscrit dans un mouvement global de scrutin réglementaire accru sur les stablecoins. Hong Kong a mis en œuvre sa législation sur les stablecoins le 1er août, tout en émettant plusieurs avertissements sur les fluctuations de marché liées à la spéculation autour des licences, précisant qu’aucun stablecoin adossé au yuan n’a reçu d’approbation dans la ville .
La position ferme de l’Europe sur les stablecoins transfrontaliers pourrait redéfinir l’architecture mondiale de ces actifs, forçant une fragmentation régionale du marché où chaque juridiction développerait ses propres écosystèmes isolés, au détriment de la liquidité globale qui a fait le succès initial de ces instruments financiers numériques .
Qu’est-ce qu’un stablecoin “multi-émetteur transfrontalier” ?
C’est un stablecoin, comme l’USDC, qui est émis par plusieurs entités juridiques distinctes, certaines basées dans l’UE et d’autres en dehors (ex: aux États-Unis). Le risque, selon l’UE, est que les réserves garantissant le stablecoin ne soient pas toutes sous contrôle européen, créant une vulnérabilité en cas de crise.
Mes USDC ou USDT sont-ils directement menacés en Europe ?
À court terme, non. Il s’agit d’une recommandation et non d’une loi. Cependant, si elle est suivie, cela pourrait forcer les émetteurs comme Circle (USDC) à modifier leur structure. L’USDT de Tether, étant principalement offshore, est déjà sous une pression réglementaire distincte. Les utilisateurs doivent rester informés des évolutions de MiCA.
Quelle est la prochaine étape de cette réglementation ?
L’ESRB va publier un rapport détaillé. Ensuite, la Commission Européenne pourrait proposer des amendements à la réglementation MiCA ou de nouvelles directives pour traduire cette recommandation en loi contraignante. Ce processus prendra plusieurs mois, voire plus d’un an.
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