Hester Peirce (SEC) : "Nous n’attendons pas la législation pour agir sur la crypto"
La commissaire de la SEC Hester Peirce, l’une des voix les plus connues et respectées dans la régulation américaine des cryptomonnaies, a déclaré cette semaine que **l’innovation blockchain ne doit pas être mise en pause en attendant un nouveau cadre législatif**. Selon elle, les acteurs du secteur peuvent continuer à développer, proposer et utiliser des produits crypto en s’appuyant sur les règles existantes — à condition de les respecter et de rester transparents.
Contexte : la position de la SEC face à la crypto
Ces dernières années, la Securities and Exchange Commission (SEC) américaine a multiplié les actions réglementaires et les directives envers les entreprises crypto. Entre les procès contre des plateformes majeures comme Binance et Coinbase, et les débats au Congrès sur un cadre spécifique pour les actifs numériques, l’incertitude juridique a souvent été critiquée par l’industrie.
Hester Peirce, surnommée "Crypto Mom" par la communauté, défend depuis plusieurs années une approche plus ouverte :
- Encourager l’innovation plutôt que la freiner.
- Éviter de classifier trop rapidement les crypto‑actifs comme des valeurs mobilières.
- Mettre en place des "safe harbors" (périodes de grâce réglementaire) pour les start‑ups crypto.
La déclaration clé
Lors de son intervention, Peirce a précisé :
"Il n’est pas nécessaire d’attendre un texte de loi parfait pour que l’industrie avance. Nous avons déjà un arsenal juridique suffisant pour encadrer certaines activités, tout en laissant de la place à l’expérimentation."
Elle a également encouragé les entreprises crypto à :
- Discuter ouvertement avec les régulateurs.
- Rédiger des politiques de conformité interne solides dès le premier jour.
- Ne pas reporter l’innovation sous prétexte d’incertitude totale.
Pourquoi c’est un signal important pour l’industrie
Beaucoup d’entreprises, notamment en DeFi et dans le secteur des NFT, hésitent à se lancer ou à se développer aux États‑Unis par peur de représailles juridiques.
Le message de Peirce est clair : il existe déjà un terrain d’action possible, même avant que le Congrès adopte un nouveau cadre crypto.
Implications concrètes :
- Les entreprises peuvent tester des produits financiers innovants **tant qu’elles respectent les règles de transparence et de protection des consommateurs**.
- Les acteurs déjà en activité peuvent **anticiper la future régulation** en s’appuyant sur les standards actuels (lois sur les valeurs mobilières, obligations de lutte contre le blanchiment, etc.).
Comparaison internationale
Alors que l’Europe a adopté le cadre MiCA (Markets in Crypto‑Assets) qui entrera pleinement en vigueur d’ici 2026, les États‑Unis peinent encore à trouver un consensus législatif.
La position de Hester Peirce rapproche la SEC d’une approche à la "régulation progressive" pratiquée dans certains pays comme le Royaume‑Uni ou Singapour, où l’expérimentation réglementée est autorisée.
Analyse : une stratégie “people‑first” de régulation
La vision de Peirce est typiquement people‑first : elle part des besoins réels des entrepreneurs, investisseurs et utilisateurs plutôt que d’une attente bureaucratique.
En résumé :
- Protéger le consommateur avec les lois déjà en vigueur.
- Laisser l’innovation avancer pour ne pas rater le train technologique.
- Adapter ensuite la loi en fonction de la réalité du marché et des cas concrets observés.
Conclusion
Le message d’Hester Peirce est un appel direct à l’action : "Construisez, innovez, mais faites-le dans les règles".
En période d’incertitude, cette position peut redonner confiance à l’industrie crypto américaine et inciter de nouveaux projets à voir le jour, tout en évitant une fuite de l’innovation vers l’étranger.
Reste à voir si le reste du Collège des commissaires de la SEC, ainsi que le Congrès, suivront cette vision plus proactive et pragmatique.
Rédigé par : Mouctar Conte, fondateur de Le Journal Crypto.
Spécialiste de l’écosystème blockchain, engagé pour une information claire, fiable et vérifiée pour le public francophone.