Bitcoin, un enjeu politique selon le professeur Rolland
Le Dr. Maël Rolland, pionnier de l'enseignement sur Bitcoin, analyse sa dimension politique comme une réponse à la centralisation du pouvoir monétaire des États.
Deutsche Börse s’associe à Circle pour intégrer USDC et EURC dans l’infrastructure financière européenne. Analyse de ce partenariat historique qui défie la BCE sur les stablecoins.

Deutsche Börse Group, géant européen des infrastructures de marché, vient de signer un Memorandum of Understanding (MoU) historique avec Circle pour intégrer les stablecoins USDC et EURC dans son infrastructure financière . Ce partenariat, annoncé le 30 septembre 2025, marque la première collaboration entre un opérateur d’échange européen majeur et un émetteur global de stablecoins , survenant paradoxalement alors que la BCE pousse pour interdire les stablecoins “multi-émissions” .
Deutsche Börse n’est pas n’importe quel partenaire. Ce groupe allemand opère l’une des plus importantes infrastructures de marché au monde, incluant la Bourse de Francfort, et traite des dizaines de trillions d’actifs via sa division post-trade Clearstream . Son implication dans les stablecoins confère une légitimité institutionnelle sans précédent à Circle en Europe.
Jeremy Allaire, co-fondateur et CEO de Circle, souligne l’importance stratégique : “Ensemble avec Deutsche Börse Group, nous prévoyons de faire progresser l’utilisation de stablecoins réglementés à travers l’infrastructure de marché européenne - réduisant le risque de règlement, baissant les coûts et améliorant l’efficacité pour les banques, gestionnaires d’actifs et l’ensemble du marché” .
Le partenariat suivra un déploiement structuré en plusieurs phases :
Trading : Les stablecoins USDC et EURC seront listés et négociables sur 3DX, la bourse numérique de 360T (filiale FX de Deutsche Börse), ainsi que via Crypto Finance, la plateforme de trading crypto institutionnelle du groupe
Custody : Clearstream, la branche post-négociation de Deutsche Börse, assurera la garde institutionnelle des stablecoins, utilisant l’entité allemande de Crypto Finance comme sous-dépositaire
Calendrier : Les services devraient être disponibles d’ici la fin de l’année 2025 selon les informations partagées par les deux entreprises
Cette infrastructure complète couvre l’ensemble de la chaîne de valeur : exécution, règlement et conservation, créant un écosystème unifié pour les actifs numériques réglementés .
Ce partenariat est rendu possible par la conformité de Circle au règlement MiCA (Markets in Crypto-Assets) de l’Union européenne, entré pleinement en vigueur fin 2024 . Circle est devenue le premier émetteur majeur global à obtenir la conformité MiCA le 1er juillet 2025, via une licence EMI (Electronic Money Institution) délivrée par les régulateurs français .
Cette licence permet à Circle d’émettre à la fois USDC et EURC à travers toute l’Union européenne sous un cadre réglementaire unifié . Dante Disparte, responsable politique chez Circle, affirme que MiCA “ferme la porte aux opérations non réglementées” tandis qu’Allaire note qu’elle “légitime le secteur après des années de scepticisme de la finance mainstream” .
L’annonce intervient dans un contexte européen paradoxal . Alors que Deutsche Börse officialise ce partenariat majeur, des informations circulent sur une possible interdiction des stablecoins multi-émetteurs par les autorités européennes, soulevant des questions sur l’impact potentiel pour Circle et Paxos.
Ce timing suggère que Circle et Deutsche Börse tentent de créer des faits accomplis avant que les recommandations de la BCE ne se traduisent en législation contraignante . En intégrant profondément les stablecoins de Circle dans l’infrastructure financière européenne, le partenariat complique considérablement une interdiction future.
Le partenariat Deutsche Börse-Circle survient parallèlement à l’initiative des neuf banques européennes (ING, UniCredit, CaixaBank, Danske Bank, KBC, DekaBank, SEB, Raiffeisen Bank International et Banca Sella) qui prévoient de lancer un stablecoin adossé à l’euro dans la seconde moitié de 2026 .
Ce consortium a créé une nouvelle société aux Pays-Bas qui cherchera une licence d’établissement de monnaie électronique auprès de la Banque centrale néerlandaise sous le cadre MiCA . L’objectif déclaré : réduire la dépendance aux stablecoins en dollars qui représentent actuellement 99% de l’offre mondiale .
Floris Lugt, responsable des actifs numériques chez ING, souligne : “Ce développement nécessite une approche à l’échelle de l’industrie, et il est impératif que les banques adoptent les mêmes standards” . Cette déclaration suggère une volonté de créer un front uni européen face aux émetteurs américains.
En parallèle, la BCE avance sur son projet d’euro numérique, avec Piero Cipollone suggérant un déploiement possible d’ici mi-2029 . Les législateurs de l’UE devraient se prononcer sur le cadre légal plus tard cette année.
La stratégie européenne semble claire : limiter les stablecoins étrangers tout en accélérant la création d’alternatives européennes, qu’elles soient privées (consortium bancaire) ou publiques (euro numérique de la BCE) .
Stephanie Eckermann, membre du directoire de Deutsche Börse responsable du post-trading, décrit l’ambition du groupe : “Les actifs numériques ont le potentiel de remodeler les marchés financiers en améliorant l’efficacité, la transparence et la sécurité - renforçant ainsi la compétitivité des marchés de capitaux européens” .
Elle ajoute : “Cette collaboration représente une étape décisive vers l’intégration des stablecoins dans une infrastructure réglementée, fiable et de confiance. Nous faisons ainsi progresser notre ambition de transformer l’émission de titres traditionnels et les processus post-négociation en une expérience entièrement numérique adaptée aux besoins des clients” .
Thomas Book, membre du directoire responsable du trading et de la compensation, positionne Deutsche Börse comme pont unique entre finance traditionnelle et numérique : “Nos offres intégrées de 360T, 3DX, Crypto Finance et Clearstream ont construit une chaîne de valeur complète pour le trading d’actifs crypto, couvrant l’exécution, le règlement et la conservation” .
Il conclut : “Notre collaboration avec Circle aide à poser les bases pour permettre l’utilisation des stablecoins par tous dans les marchés de capitaux européens - des acteurs établis aux nouveaux entrants. C’est une première étape vers la création d’un écosystème unifié qui intègre de manière transparente les solutions de paiement et de trésorerie tokenisées” .
L’implication de Deutsche Börse constitue une validation institutionnelle extraordinaire pour les stablecoins en Europe . Contrairement aux initiatives exclusivement crypto, ce partenariat intègre les stablecoins dans l’infrastructure financière mainstream, leur conférant une légitimité sans précédent.
Cette intégration démontre que les stablecoins ne sont plus perçus comme des curiosités technologiques marginales mais comme des composants essentiels de l’infrastructure financière future .
Le partenariat avec Circle, émetteur américain, crée une pression considérable sur le consortium bancaire européen qui ne lancera son stablecoin euro qu’en 2026 . Bien que Circle bénéficie d’une avance d’au moins un an avec un déploiement dès fin 2025, le consortium devra se différencier rapidement pour justifier son existence face à EURC déjà établi.
Cette dynamique pourrait forcer le consortium à accélérer son calendrier ou à différencier plus agressivement son offre pour justifier son existence face à EURC déjà établi.
Le partenariat survient alors que la BCE et le CERS ont approuvé une recommandation visant à interdire les stablecoins “multi-émissions” . Bien que ces orientations ne soient pas juridiquement contraignantes, elles accentuent la pression sur les autorités européennes.
La question cruciale : Circle sera-t-il considéré comme un émetteur “multi-émission” puisqu’il émet USDC et EURC depuis les États-Unis tout en opérant en Europe sous licence française ? Cette ambiguïté réglementaire pourrait créer des complications futures majeures.
Malgré MiCA, des divisions subsistent au sein des institutions européennes . Alors que la BCE plaide pour une ligne dure, certains responsables politiques privilégient des garanties plus claires à une interdiction pure et simple.
Le partenariat Deutsche Börse-Circle pourrait être perçu comme un vote de confiance implicite dans les stablecoins étrangers réglementés, contredisant la position maximaliste de Lagarde. Cette division pourrait affaiblir la crédibilité de MiCA comme standard global .
Bien que l’accord initial mentionne Clearstream uniquement pour la custody des stablecoins, le véritable enjeu réside dans l’utilisation potentielle des stablecoins comme actifs de règlement pour les titres tokenisés via Clearstream .
Jens Hachmeister de Clearstream a récemment évoqué le rôle potentiel des stablecoins comme actifs de règlement jusqu’à l’émergence des CBDC de gros, et potentiellement au-delà . Cette évolution transformerait fondamentalement l’infrastructure post-trade européenne.
Le succès de ce partenariat pourrait catalyser des collaborations similaires avec d’autres infrastructures de marché européennes. Euronext, LSE Group ou BME pourraient être tentés de développer leurs propres partenariats stablecoin pour ne pas se laisser distancer .
Cette dynamique créerait une course à l’intégration stablecoin parmi les infrastructures financières européennes, accélérant considérablement l’adoption mainstream.
Le partenariat Deutsche Börse-Circle représente un tournant historique dans l’intégration des stablecoins à la finance traditionnelle européenne [1][8]. En connectant les stablecoins réglementés de Circle à l’une des infrastructures de marché les plus respectées d’Europe, cette initiative démontre que la convergence TradFi-crypto n’est plus une question de “si” mais de “comment” et “quand”.
Cependant, ce partenariat survient dans un contexte réglementaire tendu, avec la BCE poussant activement pour limiter les stablecoins étrangers tandis que les banques européennes préparent leurs propres alternatives . Cette tension entre ouverture réglementée et protectionnisme numérique façonnera l’avenir de l’écosystème stablecoin européen.
Pour Circle, ce partenariat constitue un pari stratégique majeur sur l’Europe comme marché clé, malgré les incertitudes réglementaires. L’entreprise mise sur le fait que son intégration profonde dans l’infrastructure financière européenne la rendra trop importante pour être interdite.
Les prochains mois révéleront si cette stratégie d’“intégration préemptive” réussira à contrer les velléités d’interdiction de la BCE, ou si l’Europe choisira finalement le protectionnisme numérique au détriment de l’efficacité et de l’innovation. Pour l’instant, Deutsche Börse et Circle semblent parier que la pragmatisme l’emportera sur l’idéologie dans la construction de la finance numérique européenne.
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