Bitcoin est-il une monnaie ? Cet actif numérique remplit-il les fonctions traditionnelles de l'argent ? Analyse complète de son rôle dans l'économie.

Bitcoin est-il une monnaie ? Cet actif numérique remplit-il les fonctions traditionnelles de l'argent ? Analyse complète de son rôle dans l'économie.
Depuis sa création en 2009, Bitcoin suscite un débat passionné quant à sa véritable nature. Pour certains, il représente l'avenir de la monnaie, une alternative décentralisée aux systèmes fiduciaires contrôlés par les États. Pour d'autres, il n'est qu'un actif spéculatif, trop volatil pour mériter le statut de monnaie. Pour trancher cette question, il est essentiel de revenir aux fondements économiques et d'analyser Bitcoin à l'aune des trois fonctions traditionnelles de la monnaie.
Historiquement et économiquement, un bien doit remplir trois fonctions clés pour être considéré comme une monnaie efficace. Ces critères permettent d'évaluer la viabilité de n'importe quel actif, qu'il s'agisse de coquillages, d'or ou d'un code informatique.
Ces trois fonctions sont :
Analyser la performance de Bitcoin sur chacun de ces trois piliers permet de dresser un portrait nuancé de sa position actuelle dans le paysage financier mondial.
Un moyen d'échange efficace doit faciliter les transactions de manière simple, rapide et peu coûteuse. Sur ce point, la performance de Bitcoin est mitigée.
D'un côté, son acceptation progresse. Des entreprises de premier plan l'ont accepté comme moyen de paiement à divers moments, et des plateformes comme PayPal ont intégré les cryptomonnaies. L'exemple le plus marquant reste celui du Salvador, qui a fait de Bitcoin une monnaie légale en 2021. Cette expérience, bien que confrontée à des défis d'adoption, démontre une volonté politique de l'utiliser au quotidien.
De plus, des innovations technologiques comme le Lightning Network visent à résoudre les problèmes de scalabilité de Bitcoin. Cette surcouche permet d'effectuer des micro-transactions quasi instantanées et à des frais très faibles, rendant Bitcoin plus pratique pour les petits achats du quotidien.
Cependant, plusieurs obstacles majeurs persistent. La volatilité de son cours reste le principal frein. Un commerçant qui accepte un paiement en Bitcoin risque de voir la valeur de ses recettes chuter de manière significative en quelques heures. Cette incertitude complique la gestion de trésorerie et la planification financière.
Les frais de transaction sur la chaîne principale de Bitcoin peuvent également devenir prohibitifs lors des périodes de forte congestion du réseau, rendant les petits paiements économiquement non viables. Bien que le Lightning Network offre une solution, son adoption n'est pas encore universelle.
La fonction d'unité de compte est sans doute celle où Bitcoin échoue le plus clairement à l'heure actuelle. Une unité de compte sert de référence stable pour fixer les prix des biens, des services et des dettes. Nous pensons et calculons en euros ou en dollars, pas en Bitcoin.
À de très rares exceptions près, presque aucun produit ou service n'est directement libellé en BTC. Les prix affichés sur les sites qui acceptent le Bitcoin sont presque toujours fixés dans une monnaie fiduciaire (EUR, USD) et simplement convertis en BTC au taux du moment.
La raison est, encore une fois, sa forte volatilité. Comment fixer le prix d'un café en satoshis (la plus petite unité de Bitcoin) si sa valeur en euros peut varier de 20 % en une seule journée ? Une comptabilité stable et prévisible est impossible dans ces conditions. Tant que sa valeur ne se stabilisera pas de manière durable, Bitcoin ne pourra pas s'imposer comme une unité de compte fiable.
C'est dans son rôle de réserve de valeur que Bitcoin présente ses arguments les plus solides, ce qui lui vaut souvent le surnom d'« or numérique ». Une réserve de valeur est un actif qui, idéalement, maintient ou augmente son pouvoir d'achat sur le long terme.
Plusieurs caractéristiques soutiennent cette thèse :
Malgré ces atouts, sa volatilité à court et moyen terme remet en question sa fiabilité en tant que réserve de valeur stable. Un actif qui peut perdre plus de 50 % de sa valeur en quelques mois représente un risque important. Cependant, sur des horizons de temps longs (plusieurs années), Bitcoin a jusqu'à présent surperformé la plupart des autres classes d'actifs.
Pour mieux visualiser les forces et faiblesses de Bitcoin, un tableau comparatif face à l'or et aux monnaies fiduciaires est éclairant.
| Critère | Bitcoin (BTC) | Monnaie Fiat (€, $) | Or |
|---|---|---|---|
| Moyen d'échange | Limité mais en croissance (Lightning Network) | Excellent (universellement accepté) | Très faible (utilisé dans des cas de crise) |
| Unité de compte | Très faible (extrême volatilité) | Excellent (standard de référence) | Très faible (utilisé pour des actifs spécifiques) |
| Réserve de valeur | Fort potentiel mais très volatil | Faible (sujet à l'inflation) | Excellent (historique millénaire) |
| Scarcité | Absolue et prouvable (21M) | Aucune (offre illimitée) | Relativement élevée mais production continue |
| Décentralisation | Élevée (réseau mondial sans autorité centrale) | Nulle (contrôle par les banques centrales) | Relativement élevée (marché mondial) |
| Portabilité | Excellente (immatériel) | Bonne (numérique et physique) | Faible (lourd et coûteux à transporter) |
La perception de Bitcoin par les autorités financières et les gouvernements est un facteur déterminant pour son avenir. Actuellement, la plupart des régulateurs, comme l'Autorité des Marchés Financiers (AMF) en France ou la SEC aux États-Unis, ne classifient pas Bitcoin comme une monnaie, mais plutôt comme un crypto-actif ou une marchandise (commodity), à l'instar de l'or ou du pétrole.
Cette classification a des implications fiscales et réglementaires importantes. Elle reconnaît sa valeur en tant qu'actif d'investissement mais lui dénie, pour l'instant, le statut de monnaie concurrente à l'euro ou au dollar. Les banques centrales explorent d'ailleurs leurs propres monnaies numériques (MNBC), cherchant à conserver le contrôle sur le système monétaire tout en intégrant les innovations technologiques.
Alors, Bitcoin est-il une monnaie ? La réponse dépend de la fonction que l'on privilégie. Il échoue aujourd'hui en tant qu'unité de compte et n'est qu'un moyen d'échange émergent. En revanche, il s'affirme de plus en plus comme une réserve de valeur décentralisée pour une part croissante d'investisseurs et d'institutionnels.
Plutôt que de le forcer dans une catégorie préexistante, il est peut-être plus juste de considérer Bitcoin comme une nouvelle classe d'actif, un protocole monétaire natif d'Internet. Son rôle continue d'évoluer, et le débat sur sa nature profonde est loin d'être clos. Il représente moins une monnaie au sens traditionnel qu'un système financier alternatif dont le potentiel se dévoile encore.