L’élection du Conseil de Sécurité d’Arbitrum de septembre 2025 entre dans sa phase décisive. Après la clôture de la phase de sélection des nominés le 29 septembre, 13 candidats ont franchi le seuil de qualification et sont désormais en lice pour 6 sièges disponibles au sein de cet organe crucial de gouvernance . L’élection des membres débutera prochainement, dès la finalisation de la vérification de conformité.
Les 13 candidats qualifiés
Tous les candidats ont obtenu le seuil minimum requis de 9,4 millions de tokens ARB (représentant 0,2% des tokens votables) pour progresser vers la phase d’élection finale . Voici la liste complète des candidats qualifiés :
Firmes et organisations de sécurité
Immunefi : Plateforme leader mondiale de bug bounty pour la DeFi et les smart contracts, ayant facilité la découverte de vulnérabilités critiques dans de nombreux protocoles majeurs.
Gauntlet : Société de gestion de risques quantitative spécialisée dans l’optimisation des protocoles DeFi via des simulations et modélisations financières avancées.
Consensys Diligence : Branche sécurité de Consensys, référence mondiale en audit de smart contracts Ethereum et équipe ayant audité certains des plus grands protocoles de l’écosystème.
Cyfrin : Entreprise de sécurité blockchain dirigée par des chercheurs reconnus, spécialisée dans les audits et la formation en sécurité smart contracts.
WakeUp Labs : Société d’ingénierie blockchain avec une expertise technique approfondie dans le développement et l’audit de protocoles décentralisés.
blockful : Organisation technique focalisée sur l’infrastructure et la sécurité des protocoles blockchain.
Experts individuels reconnus
ZachXBT : L’enquêteur on-chain le plus célèbre de l’écosystème crypto, connu pour avoir exposé de nombreuses fraudes et escroqueries, et pour son travail d’investigation forensique remarquable . Sa candidature témoigne de l’importance accordée à la détection proactive des menaces.
Daniel Goldman : Ancien membre d’Offchain Labs (l’équipe derrière Arbitrum), apportant une connaissance intime du protocole et de ses mécanismes techniques.
gzeon : Développeur de smart contracts actuellement chez Offchain Labs, avec une expertise technique directe sur l’architecture d’Arbitrum.
Gustavo Grieco : Ingénieur en sécurité blockchain reconnu pour son expertise en analyse statique et dynamique de smart contracts.
Griff Green : Figure emblématique de l’écosystème Ethereum, fondateur de Giveth et Dappnode, avec une vision humaniste de la gouvernance décentralisée.
Emiliano Bonassi : Head of Product chez Conduit, plateforme facilitant le déploiement de rollups, apportant une perspective produit et scaling.
Pablo Sabbatella (OPSEK) : Fondateur d’Opsek, spécialisé dans la sécurité opérationnelle des protocoles blockchain.
Le rôle critique du Conseil de Sécurité
Un organe d’urgence pour protéger le protocole
Le Conseil de Sécurité d’Arbitrum est composé de 12 membres qui servent de signataires d’un multi-sig wallet . Leur responsabilité principale : sauvegarder le protocole en répondant rapidement aux risques et vulnérabilités critiques, et en prenant des décisions d’urgence sensibles au facteur temps pour protéger les fonds de la communauté et la stabilité du réseau.
Le conseil est divisé en deux groupes de six membres. Tous les six mois (en mars et septembre), six sièges sont contestés lors d’élections, assurant un équilibre constant entre continuité et participation renouvelée .
Cette rotation semestrielle garantit que le conseil reste dynamique tout en préservant la mémoire institutionnelle nécessaire à des interventions d’urgence efficaces.
Pouvoirs et responsabilités
Les membres du Conseil de Sécurité disposent de pouvoirs considérables pour intervenir rapidement en cas de menace existentielle :
- Déploiement de correctifs d’urgence sur les smart contracts sans passer par la gouvernance standard
- Pause de fonctionnalités vulnérables pour prévenir des exploits
- Coordination avec les équipes techniques pour des interventions rapides
- Communication transparente avec la communauté durant les crises
Ces pouvoirs étendus expliquent pourquoi la sélection des membres est si cruciale et pourquoi le processus électoral est aussi rigoureux.
Le processus électoral : six phases distinctes
Phase 1 : Appel aux candidats (3-15 septembre)
Les participants intéressés ont annoncé publiquement leur intention de se porter candidats sur le forum Arbitrum. Cette phase a vu 19 candidatures initiales se manifester .
Phase 2 : Soumission des dossiers (15-22 septembre)
Les candidats ont formellement soumis leurs applications détaillées, incluant leur expérience en sécurité, leurs contributions à l’écosystème, et leur vision pour le Conseil de Sécurité.
Phase 3 : Sélection des nominés (22-29 septembre)
Durant cette phase cruciale, les délégués ARB ont voté pour nominer leurs candidats préférés. Pour se qualifier, chaque candidat devait recevoir au moins 0,2% des tokens votables (environ 9,4 millions ARB) .
Les délégués pouvaient diviser leurs votes entre plusieurs candidats, permettant une expression nuancée des préférences. Sur les 19 candidats initiaux, 13 ont franchi le seuil et progressent vers la phase suivante.
Phase 4 : Vérification de conformité (en cours)
Avant le démarrage officiel de l’élection des membres, une vérification de conformité est effectuée pour s’assurer que tous les candidats qualifiés respectent les critères d’éligibilité et les standards éthiques du Conseil .
Phase 5 : Élection des membres (prochaine étape)
Les détenteurs de tokens ARB voteront pour sélectionner les 6 membres finaux parmi les 13 candidats qualifiés. Cette phase utilisera probablement un système de vote pondéré où les votants peuvent exprimer des préférences multiples.
Phase 6 : Certification et intégration
Les résultats seront validés, et les nouveaux membres seront préparés à assumer leurs responsabilités. Ils entameront leur mandat de six mois, travaillant aux côtés des six membres actuels qui ne sont pas en élection cette fois.
Analyse des candidatures : profils complémentaires
L’équilibre expertise technique / investigation
La liste des 13 candidats reflète un équilibre recherché entre différentes formes d’expertise :
Firmes d’audit traditionnelles (Consensys Diligence, Cyfrin) apportent des méthodologies éprouvées d’analyse de code et de détection de vulnérabilités.
Plateformes de bug bounty (Immunefi) offrent une connaissance approfondie des vecteurs d’attaque réels et des incentives économiques des white hats.
Sociétés de gestion de risques (Gauntlet) apportent une perspective quantitative sur les risques systémiques et les mécanismes économiques.
Enquêteurs forensiques (ZachXBT) fournissent une capacité de détection d’activités suspectes on-chain et d’identification de patterns d’attaque.
Cette diversité garantit que le Conseil dispose de multiples angles d’approche face à des menaces protéiformes.
Insiders vs outsiders
La présence de deux membres d’Offchain Labs (Daniel Goldman, gzeon) parmi les candidats soulève des questions intéressantes sur l’équilibre entre connaissance intime du protocole et indépendance.
Arguments en faveur : Personne ne connaît mieux Arbitrum que ceux qui l’ont construit. En cas de vulnérabilité critique, cette connaissance approfondie peut accélérer considérablement le diagnostic et la résolution.
Préoccupations potentielles : Le Conseil de Sécurité doit pouvoir agir indépendamment des équipes de développement core, notamment si une décision controversée ou un conflit d’intérêts émerge.
L’élection révélera comment la communauté Arbitrum pondère ces considérations.
L’effet ZachXBT : légitimation de l’investigation on-chain
Un profil atypique mais crucial
La qualification de ZachXBT est particulièrement remarquable. Contrairement aux autres candidats qui représentent des organisations établies ou possèdent des CV techniques classiques, ZachXBT s’est construit une réputation uniquement via son travail d’investigation forensique on-chain .
Ses contributions incluent :
- Exposition de nombreuses fraudes crypto majeures
- Traçage de fonds volés à travers des mixers et bridges
- Collaboration avec les forces de l’ordre sur des cas complexes
- Éducation de la communauté sur les patterns de scams
Sa candidature reconnaît que la sécurité ne se limite pas aux vulnérabilités techniques : les attaques sociales, les rugs pulls et les exploits économiques nécessitent une expertise différente mais tout aussi critique.
Un précédent pour la gouvernance DeFi
Si ZachXBT est élu, ce sera un signal fort que les DAOs valorisent l’investigation proactive et la détection de menaces autant que l’audit de code traditionnel. Cela pourrait inspirer d’autres protocoles à intégrer des profils similaires dans leurs structures de gouvernance.
Enjeux stratégiques pour Arbitrum
La guerre des Layer 2 et la sécurité comme différenciateur
Arbitrum fait face à une compétition féroce avec d’autres solutions Layer 2 comme Optimism, Base, zkSync, Starknet et Polygon. Dans cet environnement hautement concurrentiel, la sécurité devient un différenciateur majeur.
Un Conseil de Sécurité réactif, compétent et transparent peut :
- Rassurer les développeurs envisageant de déployer sur Arbitrum
- Attirer des protocoles DeFi gérant des milliards de dollars TVL
- Créer une marque de fiabilité et de robustesse
À l’inverse, un incident de sécurité mal géré peut instantanément détruire la réputation d’une blockchain et provoquer une fuite massive de capitaux et de projets.
Les précédents d’incidents Layer 2
L’écosystème Layer 2 a déjà connu des incidents majeurs :
- Exploits de bridges avec pertes de centaines de millions
- Bugs de smart contracts sur des protocoles déployés
- Attaques de gouvernance exploitant des failles de conception
Un Conseil de Sécurité efficace doit non seulement réagir rapidement à ces menaces, mais idéalement les anticiper et prévenir via une surveillance proactive et des audits préventifs.
Défis et controverses potentielles
Centralisation vs réactivité
Le Conseil de Sécurité représente par nature un point de centralisation dans un système qui aspire à la décentralisation. Les 12 membres disposent de pouvoirs considérables, notamment la capacité de modifier le protocole sans passer par la gouvernance standard.
Cette tension est inévitable : la décentralisation pure rendrait impossible toute réaction rapide face à une vulnérabilité critique exploitée activement. Mais elle nécessite une confiance énorme envers les membres élus.
Les mécanismes de contrôle incluent :
- Rotation semestrielle de la moitié du conseil
- Transparence des actions via des rapports publics
- Possibilité de révocation par la DAO en cas d’abus
Rémunération et incentives
Une question rarement abordée publiquement : comment les membres du Conseil sont-ils rémunérés pour leur travail ? Surveiller un protocole gérant des milliards de dollars 24/7 et être disponible pour des urgences critiques représente une charge considérable.
Si la rémunération est insuffisante, les membres les plus qualifiés pourraient décliner ou démissionner. Si elle est excessive, cela crée des incentives pervers où des candidats se présentent pour des raisons financières plutôt que par engagement envers le protocole.
Comparaison avec d’autres protocoles
Optimism : approche différente
Optimism, le principal concurrent d’Arbitrum, a structuré sa gouvernance différemment avec une bicamérale composée du Token House (détenteurs OP) et du Citizens’ House (reputation-based). Son approche de la sécurité privilégie des audits externes fréquents et des bug bounties généreux.
Ethereum : le Security Council fantôme
Ironiquement, Ethereum lui-même ne dispose pas de “Security Council” formel. En cas de vulnérabilité critique, la coordination se fait de manière ad-hoc entre la Ethereum Foundation, les core developers, et les principaux clients. Cette approche décentralisée mais informelle a ses limites en termes de réactivité.
Les Layer 2 comme Arbitrum expérimentent avec des structures plus formalisées qui pourraient inspirer l’évolution future de la gouvernance Ethereum.
Calendrier et prochaines étapes
Vérification de conformité
La phase actuelle de vérification de conformité devrait se conclure dans les prochains jours. L’équipe de gouvernance Arbitrum vérifie que tous les candidats qualifiés :
- Respectent les critères d’éligibilité
- N’ont pas de conflits d’intérêts prohibitifs
- Acceptent les responsabilités et engagements du rôle
Élection des membres
Une fois la conformité validée, la phase d’élection des membres débutera. Les détenteurs ARB disposeront probablement de plusieurs jours pour voter, permettant une participation maximale de la communauté globale à travers tous les fuseaux horaires.
Les résultats seront annoncés publiquement, et les six membres élus entreront en fonction pour un mandat de six mois se terminant en mars 2026, date de la prochaine élection.
Intégration et formation
Les nouveaux membres bénéficieront d’une période d’intégration où ils :
- Recevront des accès aux systèmes critiques
- Seront formés aux procédures d’urgence
- Rencontreront les membres sortants pour transfert de connaissances
- Établiront des protocoles de communication pour les crises
Recommandations de vote
Critères d’évaluation suggérés
Pour les détenteurs ARB qui voteront bientôt, plusieurs critères méritent considération :
Expertise technique diversifiée : Équilibrer les profils audit de code, gestion de risques économiques, et investigation forensique.
Disponibilité et réactivité : Les membres doivent être disponibles 24/7 pour des urgences critiques. Des candidats avec des engagements multiples pourraient manquer de disponibilité.
Historique de contributions : Privilégier les candidats ayant démontré un engagement durable envers Arbitrum ou l’écosystème Ethereum plutôt que des opportunistes.
Indépendance : Éviter une concentration excessive de membres affiliés à la même organisation ou partageant les mêmes incentives financiers.
Communication : Les membres doivent pouvoir expliquer clairement leurs décisions à la communauté, surtout lors de crises.
Profils complémentaires recommandés
Un Conseil idéal combinerait probablement :
- 2 firmes d’audit établies (ex: Consensys Diligence, Cyfrin)
- 1 société de gestion de risques quantitative (Gauntlet)
- 1 plateforme de bug bounty (Immunefi)
- 1 enquêteur forensique (ZachXBT)
- 1 expert technique core protocol (Daniel Goldman ou gzeon)
Cette composition offrirait une couverture complète des différents types de menaces.
Une élection qui façonne l’avenir d’Arbitrum
L’élection du Conseil de Sécurité d’Arbitrum de septembre 2025 représente bien plus qu’un exercice de gouvernance routinier. Avec 13 candidats hautement qualifiés en compétition pour 6 sièges critiques, les choix effectués par la communauté ARB façonneront la capacité du protocole à répondre aux menaces majeures dans les six prochains mois.
Dans un écosystème Layer 2 de plus en plus compétitif où la sécurité devient un différenciateur majeur, disposer d’un Conseil de Sécurité réactif, compétent et transparent pourrait faire la différence entre la consolidation du leadership d’Arbitrum et son déclin face à des concurrents plus agiles.
La diversité des profils candidats - des firmes d’audit traditionnelles aux enquêteurs on-chain comme ZachXBT, des experts internes Offchain Labs aux organisations indépendantes - reflète la maturité croissante de la gouvernance décentralisée. Elle démontre que la communauté crypto reconnaît désormais la complexité multidimensionnelle de la sécurité blockchain.
Pour les détenteurs ARB, le vote imminent représente une responsabilité majeure : choisir les gardiens qui protégeront des milliards de dollars de valeur et la réputation d’un des protocoles Layer 2 les plus importants de l’écosystème Ethereum. Un choix éclairé nécessite d’étudier attentivement les profils, l’expertise et l’engagement de chaque candidat.
Les résultats de cette élection seront scrutés par l’ensemble de l’industrie crypto comme un indicateur de la maturité de la gouvernance DAO et de la capacité des communautés décentralisées à sélectionner efficacement leurs représentants pour des rôles critiques. L’avenir de la sécurité Arbitrum - et peut-être un modèle pour d’autres protocoles - se joue dans les prochains jours.