Contrairement aux idées reçues, la France dispose d’un arsenal juridique complet et d’organismes spécialisés pour traiter les hacks crypto. Les victimes françaises bénéficient de recours effectifs, particulièrement si elles agissent rapidement et suivent les procédures appropriées avec un accompagnement juridique qualifié .
Le cadre réglementaire français : reconnu et protégé
Une législation crypto avancée depuis 2019
Depuis la loi PACTE de 2019, les cryptomonnaies sont parfaitement reconnues et régulées en France . Cette reconnaissance légale garantit aux détenteurs français des droits et recours spécifiques en cas de vol ou piratage. Le cadre réglementaire s’appuie sur les Prestataires de Services sur Actifs Numériques (PSAN), créant un environnement juridique protecteur.
La cybercriminalité crypto est encadrée par plusieurs dispositions : l’article 323-1 du Code pénal réprime l’accès frauduleux aux systèmes informatiques, tandis que les articles 313-1 et suivants sanctionnent l’escroquerie en ligne . Ces fondements légaux solides permettent aux victimes françaises de porter plainte même contre des plateformes étrangères.
Des organismes dédiés à la lutte anti-cybercriminalité
TRACFIN (Traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestins) centralise les signalements crypto suspects. En 2023, l’organisme a reçu plus de 186 000 signalements, dont 1 449 déclarations liées aux crypto-actifs - une hausse spectaculaire de 339% par rapport à 2022 .
L’AMF (Autorité des Marchés Financiers) maintient une liste noire des plateformes frauduleuses et collabore activement avec la police judiciaire pour traquer les opérateurs illégaux . Cette coopération institutionnelle renforce l’efficacité des recours disponibles.
Procédures de plainte : agir vite et bien
Délais et modalités de dépôt
Les victimes disposent de 6 ans pour porter plainte à compter de l’escroquerie . Cette durée relativement longue permet d’agir même pour des découvertes tardives de piratage, mais la rapidité d’action reste cruciale pour maximiser les chances de récupération.
Trois modalités de dépôt s’offrent aux victimes :
- Commissariat ou gendarmerie pour un dépôt physique
- Courrier recommandé au procureur de la République (méthode recommandée)
- Plateforme THESEE : service en ligne spécialisé qui a traité 85 000 plaintes en un an
Documents indispensables à fournir
Une plainte efficace nécessite une documentation rigoureuse :
- Circonstances détaillées de l’escroquerie et timeline précise
- Identité des parties prenantes connues ou suspectées
- Montants perdus et preuves de transactions avec copies d’écran
- Communications avec les plateformes ou présumés escrocs
Cette documentation solide détermine largement l’efficacité des investigations policières et judiciaires ultérieures.
Compétence des tribunaux français face aux plateformes étrangères
Portée extraterritoriale reconnue
Les tribunaux français peuvent juger des affaires impliquant des exchanges étrangers sous certaines conditions . La Cour d’appel de Montpellier a établi des précédents importants : les juridictions françaises sont compétentes si le dommage est subi en France ou si la victime réside en France.
Cette compétence extraterritoriale s’appuie sur le règlement Bruxelles I bis européen, offrant aux victimes françaises un recours même contre les plateformes offshore les plus opaques .
Décisions judiciaires encourageantes
Le Tribunal judiciaire de Lyon a rendu une décision clé le 17 mars 2025, ordonnant la levée du KYC pour identifier des comptes suspects et engager des actions de recouvrement . Cette jurisprudence marque une avancée significative pour les victimes d’escroqueries crypto, facilitant l’identification des responsables.
L’AGRASC : spécialiste de la saisie crypto
Une expertise technique reconnue
L’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (AGRASC) gère exclusivement les crypto-actifs saisis par la justice française . Cette spécialisation technique garantit une gestion professionnelle des actifs récupérés.
Chiffres impressionnants témoignent de l’efficacité du système :
- 90 millions d’euros de crypto-actifs saisis depuis 2014
- 28 millions d’euros équivalent crypto saisis en 2023
- Plus de 300 types d’actifs numériques gérés
Mécanismes de saisie modernisés
Depuis 2023, les officiers de police judiciaire peuvent saisir directement les crypto-actifs via l’article 706-154, accélérant considérablement les procédures . Cette évolution technique facilite l’immobilisation rapide des fonds volés avant leur dispersion.
La Banque des Territoires propose un service professionnel de conservation sécurisée, sanctuarisant les clés d’accès aux portefeuilles pendant les procédures judiciaires .
Recouvrement et ventes aux enchères
Processus de vente publique
L’AGRASC organise des ventes aux enchères publiques des crypto-actifs confisqués. La première vente française historique (mars 2021) a écoulé 611 bitcoins pour 24,6 millions d’euros . Ces ventes nécessitent des PSAN agréés pour garantir la sécurité des transferts.
Taux de récupération variables
L’efficacité du recouvrement dépend de facteurs critiques :
- Rapidité d’action : crucial dans les 24-48 premières heures
- Qualité des preuves et documentation complète
- Traçabilité des fonds sur exchanges centralisés
Les obstacles techniques incluent l’utilisation de mixeurs, la conversion en privacy coins (Monero), et le passage par des plateformes décentralisées (DEX) .
Services d’assistance aux victimes
Numéros d’urgence spécialisés
France Victimes : 116 006 (gratuit), accompagnement juridique 7j/7 de 9h à 19h
Info Escroqueries : 0 805 805 817 (gratuit), conseil spécialisé du ministère de l’Intérieur
3018 : ligne anonyme problèmes numériques, 7j/7 de 9h à 23h
Ces services facilitent l’orientation des victimes vers les procédures appropriées et offrent un soutien psychologique dans ces épreuves souvent traumatisantes.
Importance de l’assistance juridique spécialisée
Un avocat spécialisé en cybercriminalité s’avère fortement recommandé . Cette expertise permet de :
- Déposer efficacement la plainte auprès du procureur
- Naviguer les procédures judiciaires complexes
- Maximiser les chances de recouvrement via les bons canaux
Responsabilité des plateformes : recours contractuels et délictuels
Actions en responsabilité civile
Au-delà des recours pénaux, les victimes peuvent engager la responsabilité civile des plateformes . L’article 1217 du Code civil permet de poursuivre l’exécution forcée et l’allocation de dommages-intérêts en cas d’inexécution contractuelle.
Les plateformes ont une obligation de moyens renforcée concernant la sécurité des fonds déposés. La jurisprudence tend à exiger un haut niveau de précaution, particulièrement pour les acteurs se présentant comme intermédiaires financiers.
Compétence internationale et actions collectives
Les victimes françaises peuvent saisir les juridictions nationales si elles démontrent un lien de rattachement suffisant (localisation en France, accessibilité du service) . Les actions collectives deviennent possibles pour mutualiser les coûts et l’expertise, bien que plus encadrées qu’aux États-Unis.
Défis et limites du système français
Obstacles techniques persistants
Malgré l’arsenal juridique, certains défis demeurent :
- Plateformes étrangères nécessitant l’entraide judiciaire
- Volatilité des cours compliquant la gestion des saisies
- Mixeurs et privacy coins rendant le traçage difficile
- Conversion en fiat déjà effectuée lors de la découverte
Coopération internationale cruciale
L’efficacité finale dépend souvent de la coopération entre juridictions pour les plateformes offshore . Cette dimension internationale peut rallonger considérablement les procédures, d’où l’importance d’agir rapidement.
Conseils pratiques pour maximiser vos chances
Actions immédiates en cas de hack
- Sécuriser immédiatement tous les comptes liés
- Documenter exhaustivement l’incident avec captures d’écran
- Alerter la plateforme concernée dans les plus brefs délais
- Porter plainte via THESEE ou au commissariat sous 48h
- Contacter un avocat spécialisé pour optimiser les démarches
Prévention et bonnes pratiques
La prévention reste la meilleure protection . Selon Kraken, près de la moitié des détenteurs craignent davantage leurs propres erreurs qu’un piratage externe. Cette statistique souligne l’importance de la formation et des bonnes pratiques de sécurité.
La France offre donc un cadre juridique solide aux victimes de hacks crypto, combinant organismes spécialisés, procédures adaptées et jurisprudence favorable . Bien que les défis techniques persistent, particulièrement pour les plateformes offshore et les techniques d’anonymisation, les recours existent et peuvent s’avérer efficaces si les victimes agissent rapidement avec un accompagnement professionnel approprié.
L’évolution continue du cadre réglementaire français et européen, couplée à la spécialisation croissante des services judiciaires, améliore progressivement les perspectives de récupération pour les victimes françaises d’escroqueries crypto.